Ergotage
Il existe de nombreuse variantes plus ou moins officielles des règles de ce type de billard, populaire dans les pubs et cafés. Vous retrouverez par exemple ici une règle précise ou encore là une règle qui se veut référence exhaustive.
Comme dans beaucoup de domaines, l’idéal nous guide mais la réalité nous précède. En d’autres thermes, si votre niveau de jeu prend l’eau, pas la peine de retenir des règles trop sévères sous peine de finir noyés sous les billes, vieux et flétris avant la fin de la partie.
Mise en place de l’ambiance
Il est vivement conseillé de mettre en œuvre une ambiance lumineuse tamisée mais dynamique accompagnant la démarche chaloupée et désinvolte d’un sportif dans toute la splendeur de sa retenue.
Côté sonore, un fond rock / jazzy conviendra très bien, il peut être diffusé en autonomie par les usagers ou bien entendu mentalement, simplement dans l’esprit de chacun. Dans ce cas, il conviendra naturellement aux joueurs de se mettre d’accord sur l’œuvre à mentaliser, puis de synchroniser le lancement de la représentation à l’aide du signal de leur choix. Il est à noter que tout disc-jockey convaincu d’avoir échappé un auto-tune mal maîtrisé est tenu de s’excuser solennellement sous peine de se voir infliger des regards désobligeants emprunts d’un jugement moral qu’on croyait d’un autre temps hélas.
Enfin, concernant l’art de la conversation autour de la table, il convient d’adopter un flegme désinvolte tout britannique dans l’expression de chacun de telle sorte que chaque parole prononcée soit une friandise acidulée et sophistiquée sur son coulis d’allégresse glacée et finement épicée.
Echauffement
Le travail du coude. Toujours revenir aux fondamentaux. Les autres ustensiles sont en théorie déjà à la bonne température.
Consignes de sécurité
Penser à bien s’hydrater tout au long du processus.
Choix des camarades
Ne prendre que des bons, si les meilleurs ne sont pas disponibles.
Après l’orage
A l’issue de la partie, quelle qu’en en soit l’issue, il est de bon ton de respecter son adversaire, et ce pendant au moins une minute vingt au cours de laquelle un témoignage d’estime mutuelle, codifié et viril -passant même par des gestes triviaux et tribaux -et Thibault s’il fait partie des joueurs, est la clé d’un post-climax adéquat.
Au delà, il convient au gagnant de scruter chaque geste et chaque parole de son adversaire vaincu pour y trouver une occasion de relier n’importe quel infime événement avec n’importe quel élément réel ou fantasmé, supposé avoir contribué à sa défaite cuisante. Avec tout le respect bien entendu.
De son côté, le perdant est tenu d’adopter la posture blasée de celui qui n’est pas affecté, et n’est aucunement dupe du caractère superfétatoire du dernier épithète, ni des failles narcissiques manifestement mal résolues de son vainqueur décidément prompt à tenter de dissimuler maladroitement ses fêlures internes et ses échecs profonds derrière l’écran de fumée pathétique de quolibets d’autant plus puérils que sa victoire tient clairement plus à la chance qu’à un doctorat en géométrie appliquée.
Et puis, boire un coup, on n’est pas dans une brasserie pour rien à la fin.

